Hédo

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30 mars 2007

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Double visage

Son double-visage est arme. Il travestit ses certitudes idéologiques en recherches historiques. Simple d’expliquer les causes sous des termes génériques, d’étouffer l’individu sous une masse conceptuelle, de brandir le « vous » en bannissant le « je », de porter la robe du juge sur l’habit du prêcheur. Toute idée et tout acte tombent sous son coup. Il a expliqué d’un visage pour mieux affirmer de l’autre : « l’histoire m’apprend ceci, alors tu es cela ».

Son double-visage est leurre. De la poudre aux yeux. Il aime et promet d’un visage, trahit et crache de l’autre. Il dit qu’ils partent de la « bande », de ce bout de terre à gauche, mais il bâtit à droite, et le mur grignote, et le mur sépare, la forteresse grossit, et les miradors poussent. Et qui croit à la paix, et qui croit au futur ? Mais ses promesses suffisent, car ses promesses existent. Le visage du retrait cache celui du colon.

Son double-visage les berne. Et son double-langage les berce. Tous endormis, à l’abattoir, et jusqu’au mouton noir. Aumône et caresse d’un côté, foudre et tapin de l’autre. Le tout d’une bouche, d’une grande bouche, où les mots s’amalgament et la peur se propage, court les rues, les féconde, et que naisse la haine. Les maladies, la dissidence et le multiple ont leurs remèdes : les postes policiers et cathodiques ont leurs formules. Et le visage du sauveur cache celui du tyran.

Son double-visage est haine. Elle reste tapie puis jaillit, et plus sournoise encore. Il a compris le tissu, son histoire, sa symbolique, son horreur, son port, sa défense. Son langage fut clair, précis, et pour eux convaincant. Mais hérité, irrationnel, plein de fantasmes et carnassier, derrière lui, violente, pendait sa haine. Et quand la haine est loi, l’arbitraire se décharge, et l’arme revient encore, et tous tombent sous son coup : « la loi m’apprend ceci, alors tu es cela ».

Leur double-visage s’étale, étale ses feintes devant nos yeux. Explications et actes, discours et décisions, tous cachent plusieurs degrés, plusieurs lignes, et leurs revers, qui les motivent, les légitiment, les défendent et les diffusent. Leur double-visage est partout, tout le temps, et qu’ils le veuillent ou non.

Et c’est lettre au poing et à l’abri du nôtre que nous nous promettons de brosser le leur.

laurent mucielli

http://www.acontresens.com/incisions/12.html

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27 mars 2007

épis tête de maux

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En avant les guérriers de la bombe d'air

41. TACTIQUE.

Celle de la légion romaine repose sur l'idée suivante : une troupe disciplinée, solide et bien entraînée, doit pouvoir arrêter le premier élan de l'adversaire, fût- il numériquement très supérieur; puis l'user grâce à son savoir-faire technique meilleur, jusqu'à le décourager; passer enfin de la posture défensive à l'offensive et mettre en déroute les forces ennemies. L'expérience montre qu'un adversaire démoralisé n'oppose plus guère de résistance : c'est pendant la phase de poursuite que seront infligées le plus de pertes et capturés de nombreux prisonniers. Par ailleurs, la Légion - ou l'Armée consulaire à l'échelon supérieur - doit pouvoir combattre sur tous les types de terrain. Sa manœuvre se raccroche donc toujours à celle qui va être décrite, mais avec beaucoup de souplesse.(j)

Pour durer tous les hommes ne doivent pas être engagés d'emblée. Il en résulte le système à 3 lignes qui fait passer sans changements fondamentaux de la légion de Camille à celle de Marius. Dans le premier cas, ces trois lignes sont celles ( de l'avant vers l'arrière ) des Hastaires, Princes et Triaires; dans le second, des cohortes I à IV, V à VII et VIII à X. Pour simplifier, puisque les dispositions sont analogues, reposant sur le système de la centurie double, nous nous limiterons au croquis de la légion du type Camille.

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MARASM de Métro hédologique

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MARASM

Le but du label est de réunir des graphistes et musiciens qui travaillent sur des thématiques proches .L'orientation musicale est électronique au sens large: electro, drum& bass, breakcore et noise (ou plus...) et les techniques graphiques sont multiples (photo, peinture,infographie...). L'indépendance des collectifs qui ont participé et l'autoproduction permettent d'avoir une plus grande liberté artistique.

A TEMPERA

A TEMPERA désigne une technique de travail pictural dans le frais, les éléments se mêlent alors les uns aux autres et produisent des effets artistiques inattendus.
Aujourd'hui, les pratiques artistiques sont nombreuses, mais fréquemment individuelles et le plus souvent unidisciplinaires. A Tempera est l'occasion donnée à des musiciens et à des gaphistes de se rencontrer ; l'association se fait alors le liant de projets pluridisciplinaires nés de ces collisions entre musiques actuelles, arts graphiques et multimédia. Ces projets peuvent peuvent être polymorphes : productions de vinyls ou CD avec des pochettes et livrets ouvragés (Marasm 03), concerts avec projections (soirée Nous n'irons pas à Avignon), CD-rom, expositions... Dans ce but, l'association cherche à établir des partenariats avec des structures et des lieux susceptibles d'accueillir expos, concerts et soirées.

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21 mars 2007

Au nom de quoi !

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Cesare Beccaria

Cesare Beccaria, ou encore César Bonesana, marquis de Beccaria, (15 mars 1738 à Milan, 28 novembre 1794 à Milan), fut un intellectuel italien de premier plan à la fin du XVIIIe siècle.

    • « La loi ne doit établir que des peines strictement et évidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée. » (Déclaration des droits de l'homme et du Citoyen du 26 août 1789, art. 8) appelé la non rétroactivité de la loi pénale plus sévère

Economiste et criminologue italien(1738-1794). son traité des délits et des peines (1764), qui renouvela le droit pénal, traduit les protestation de la conscience publique et des philosophes contre la procédure secrète, l'inégalité des châtiments selon les personnes, l'atrocité des supplices. Commenté par Voltaire et Diderot, cet ouvrage fut rapidement connu dans toute l'Europe. Beccaria a été par ailleurs l'un des premiers économistes à analyser le rôle du capital et la division du travail.

Très inspiré par Montesquieu et les encyclopédistes français, Beccaria s'intéresse très tôt aux questions liées à l'équité du système judiciaire. Il signe son chef d'œuvre à 26 ans avec Des délits et des peines (1764) qui pose les bases de la réflexion moderne en matière de droit pénal. Certains des arguments avancés sont déjà anciens, mais Beccaria en fait une parfaite synthèse d'autant plus neuve qu'il se dégage de tout modèle religieux. Il y établit les bases et les limites du droit de punir, et recommande de proportionner la peine au délit. Beccaria pose aussi en principe la séparation des pouvoirs religieux et judiciaire. Dénonçant la cruauté de certaines peines comparées au crime commis, il juge « barbare » la pratique de la torture et la peine de mort, et recommande de prévenir le crime plutôt que de le réprimer.

Très rapidement traduit de l'italien en français (1765), en anglais (1768), puis dans toutes les langues européennes, cet ouvrage provoque un authentique tremblement de terre intellectuel et reçoit l'aval d'intellectuels de renom comme Voltaire ou Diderot. Beccaria met au monde le débat qui sévit depuis plus de deux siècles entre les partisans de la répression et ceux de la prévention, que Beccaria appelle de ses vœux. Très hostile à la peine de mort, il pose une démonstration, la première du genre, qui amène l'auteur à qualifier la peine capitale qui est « ni utile, ni nécessaire », de « crime judiciaire ».

En 1768, on crée pour lui à Milan une chaire d'économie politique où il enseigne pendant deux ans, de 1769 à 1770. Il s'était proposé de rédiger un grand ouvrage sur la législation en général ; mais il ne mit jamais ce projet à exécution. A partir de 1770, il devient haut fonctionnaire dans l'administration milanaise alors sous domination autrichienne; il occupera ce poste jusqu'à sa mort.

Le « Rousseau des Italiens » inspire les réformes judiciaires menées en France (1780) et en Suède (1772) instaurant l'abolition de l'emploi de la torture. Les cas passibles de peine de mort sont drastiquement réduits partout en Europe entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle, avant une abolition logique au XXe siècle. Beccaria est publié en 1777 aux États-Unis, où il inspire Thomas Jefferson.

Quelques principes posés par Beccaria dans Des délits et des peines :

  • « Nullum crimen nulla poena sine lege » (en français : Pas de crime, pas de punition sans loi) aujourd'hui qualifié de principe de légalité

    • « Nul homme ne peut être accusé, arrêté ni détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle a prescrites. » (ibidem, art. 7)

  • « La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. » (ibidem, art. 5)

  • « Tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il soit déclaré coupable, s'il est jugé indispensable de l'arrêter, toute rigueur qui ne sera pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi. » (ibidem, art. 9) traduit par la présomption d'innocence

Ces principes sont aujourd'hui les piliers de la justice.

Ses leçons n'ont été imprimées qu'après sa mort, en 1804. Beccaria avait participé en 1764 et 1765 à une publication périodique analogue au Spectateur, le Café (1764-1766), où étaient traités divers sujets de littérature et de philosophie.

Des crimes et des punitions

"dans chaque société humaine, il y a un effort tendant continuellement à conférer sur une part la taille de la puissance et du bonheur, et à ramener l'autre à l'extrémité de la faiblesse et de la misère. L'intention de bonnes lois est de s'opposer à cet effort, et de répandre leur influence universellement et également. Mais les hommes ont généralement abandonné le soin de leurs soucis plus importants à la prudence et à la discrétion incertaines de ceux dont l'intérêt  est de rejeter les meilleurs et les plus sages établissements ; et il n'est pas jusqu'à ce qu'ils ont été menés dans mille erreurs dans les sujets le plus essentiel aux leurs vies et libertés, et est las de la souffrance, qu'ils peuvent être induits d'appliquer un remède aux maux avec lesquels ils sont opprimés."

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16 mars 2007

nunca mass

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la disparition

Membre de l'Oulipo, Georges Perec considérait que les contraintes formelles sont un puissant stimulant pour l'imagination. Il a donc choisi dans ce roman l'utilisation du lipogramme pour écrire une œuvre originale, dans laquelle la forme est fortement liée au fond. En effet, la disparition de cette lettre e est au cœur du roman, dans son intrigue même ainsi que dans son interrogation métaphysique, à travers la disparition du personnage principal, au nom lui-même évocateur : Anton Voyl. Le lecteur suit les péripéties des amis d'Anton qui sont à sa recherche, dans une trame proche de celle du roman policier. Absence, vide, manque, virginité, silence, énigme, tels sont les thèmes principaux de ce livre fondé sur le jeu et le défi technique, au service d'une écriture extrêmement souple et littéraire.

Les thèmes de la disparition et du manque sont extrêmement liés à la vie personnelle de Georges Perec, particulèrement la perte de sa mère déportée lorsqu'il avait sept ans.

Il est à noter que cette même technique littéraire fut utilisée par Ernest Vincent Wright dans son roman Gadsby, publié en 1939. Ce roman ne semble pas avoir été traduit en français.

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12 mars 2007

massénécée

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EPICURE m_n_c_e_2

Lettre à Ménécée

Epicure à Ménécée,

Même jeune, on ne doit pas hésiter à philosopher. Ni, même au seuil de la vieillesse, se fatiguer de l’exercice philosophique. Il n’est jamais trop tôt, qui que l’on soit, ni trop tard pour l’assainissement de l’âme. Tel, qui dit que l’heure de philosopher n’est pas venue ou qu’elle est déjà passée, ressemble à qui dirait que pour le bonheur, l’heure n’est pas venue ou qu’elle n’est plus. Sont donc appelés à philosopher le jeune comme le vieux. Le second pour que, vieillissant, il reste jeune en biens par esprit de gratitude à l’égard du passé. Le premier pour que jeune, il soit aussi un ancien par son sang-froid à l’égard de l’avenir. En définitive, on doit donc se préoccuper de ce qui crée le bonheur, s’il est vrai qu’avec lui nous possédons tout, et que sans lui nous faisons tout pour l’obtenir.

Ces conceptions, dont je t’ai constamment entretenu, garde-les en tête. Ne les perds pas de vue quand tu agis, en connaissant clairement qu’elles sont les principes de base du bien vivre.

D’abord, tenant le dieu pour un vivant immortel et bienheureux, selon la notion du dieu communément pressentie, ne lui attribue rien d’étranger à son immortalité ni rien d’incompatible avec sa béatitude. Crédite-le, en revanche, de tout ce qui est susceptible de lui conserver, avec l’immortalité, cette béatitude. Car les dieux existent : évidente est la connaissance que nous avons d’eux. Mais tels que la foule les imagine communément, ils n’existent pas : les gens ne prennent pas garde à la cohérence de ce qu’ils imaginent. N’est pas impie qui refuse des dieux populaires, mais qui, sur les dieux, projette les superstitions populaires. Les explications des gens à propos des dieux ne sont pas des notions établies à travers nos sens, mais des suppositions sans fondement. De là l’idée que les plus grands dommages sont amenés par les dieux ainsi que les bienfaits. En fait, c’est en totale affinité avec ses propres vertus que l’on accueille ceux qui sont semblables à soi-même, considérant comme étranger tout ce qui n’est pas tel que soi.

Accoutume-toi à penser que pour nous la mort n’est rien, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. Dès lors, la juste prise de conscience que la mort ne nous est rien autorise à jouir du caractère mortel de la vie : non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité.

Il s’ensuit qu’il n’y a rien d’effrayant dans le fait de vivre, pour qui est authentiquement conscient qu’il n’existe rien d’effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre. Stupide est donc celui qui dit avoir peur de la mort non parce qu’il souffrira en mourant, mais parce qu’il souffre à l’idée qu’elle approche. Ce dont l’existence ne gêne point, c’est vraiment pour rien qu’on souffre de l’attendre ! Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes plus ! Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus. Beaucoup de gens pourtant fuient la mort, soit en tant que plus grands des malheurs, soit en tant que point final des choses de la vie.

Le sage, lui ne craint pas le fait de n’être pas en vie : vivre ne lui convulse pas l’estomac, sans qu’il estime être mauvais de ne pas vivre. De même qu’il ne choisit jamais la nourriture la plus plantureuse, mais la plus goûteuse, ainsi n’est-ce point le temps le plus long, mais le plus fruité qu’il butine ? Celui qui incite d’un côté le jeune à bien vivre, de l’autre le vieillard à bien mourir est un niais, non tant parce que la vie a de l’agrément, mais surtout parce que bien vivre et bien mourir constituent un seul et même exercice. Plus stupide encore celui qui dit beau de n’être pas né, ou « sitôt né, de franchir les portes de l’Hadès ».

S’il est persuadé de ce qu’il dit, que ne quitte-t-il la vie sur-le-champ ? Il en a l’immédiate possibilité, pour peu qu’il le veuille vraiment. S’il veut seulement jouer les provocateurs, sa désinvolture en la matière est déplacée.

Souvenons-nous d’ailleurs que l’avenir, ni ne nous appartient, ni ne nous échappe absolument, afin de ne pas tout à fait l’attendre comme devant exister, et de n’en point désespérer comme devant certainement ne pas exister.

Il est également à considérer que certains d’entre les désirs sont naturels, d’autres vains, et que si certains des désirs naturels sont nécessaires, d’autres ne sont seulement que naturels. Parmi les désirs nécessaires, certains sont nécessaires au bonheur, d’autres à la tranquillité durable du corps, d’autres à la vie même. Or, une réflexion irréprochable à ce propos sait rapporter tout choix et tout rejet à la santé du corps et à la sérénité de l’âme, puisque tel est le but de la vie bienheureuse. C’est sous son influence que nous faisons toute chose, dans la perspective d’éviter la souffrance et l’angoisse. Quand une bonne fois cette influence a établi sur nous son empire, toute tempête de l’âme se dissipe, le vivant n’ayant plus à courir comme après l’objet d’un manque, ni à rechercher cet autre par quoi le bien, de l’âme et du corps serait comblé. C’est alors que nous avons besoin de plaisir : quand le plaisir nous torture par sa non-présence. Autrement, nous ne sommes plus sous la dépendance du plaisir.

Voilà pourquoi nous disons que le plaisir est le principe et le but de la vie bienheureuse. C’est lui que nous avons reconnu comme bien premier et congénital. C’est de lui que nous recevons le signal de tout choix et rejet. C’est à lui que nous aboutissons comme règle, en jugeant tout bien d’après son impact sur notre sensibilité.
 
 

Justement parce qu’il est le bien premier et né avec notre nature, nous ne bondissons pas sur n’importe quel plaisir : il existe beaucoup de plaisirs auxquels nous ne nous arrêtons pas, lorsqu’ils impliquent pour nous une avalanche de difficultés. Nous considérons bien des douleurs comme préférables à des plaisirs, dès lors qu’un plaisir pour nous plus grand doit suivre des souffrances longtemps endurées. Ainsi tout plaisir, par nature, a le bien pour intime parent, sans pour autant devoir être cueilli. Symétriquement, toute espèce de douleur est un mal, sans que toutes les douleurs soient à fuir obligatoirement. C’est à travers la confrontation et l’analyse des avantages et désavantages qu’il convient de se décider à ce propos. A certains moments, nous réagissons au bien selon les cas comme à un mal, ou inversement au mal comme à un bien.

Ainsi, nous considérons l’autosuffisance comme un grand bien : non pour satisfaire à une obsession gratuite de frugalité, mais pour que le minimum, au cas où la profusion ferait défaut, nous satisfasse. Car nous sommes intimement convaincus qu’on trouve d’autant plus d’agréments à l’abondance qu’on y est moins attaché, et que si tout ce qui est naturel est plutôt facile à se procurer, ne l’est pas tout ce qui est vain. Les nourritures savoureusement simples vous régalent aussi bien qu’un ordinaire fastueux, sitôt éradiquée toute la douleur du manque : pain et eau dispensent un plaisir extrême, dès lors qu’en manque on les porte à sa bouche. L’accoutumance à des régimes simples et sans faste est un facteur de santé, pousse l’être humain au dynamisme dans les activités nécessaires à la vie, nous rend plus aptes à apprécier, à l’occasion, les repas luxueux et, face au sort, nous immunise contre l’inquiétude.

Quand nous parlons du plaisir comme d’un but essentiel, nous ne parlons pas des plaisirs du noceur irrécupérable ou de celui qui a la jouissance pour résidence permanente - comme se l’imaginent certaines personnes peu au courant et réticentes à nos propos, ou victimes d’une fausse interprétation - mais d’en arriver au stade où l’on ne souffre pas du corps et ou l’on n’est pas perturbé de l’âme. Car ni les beuveries, ni les festins continuels, ni les jeunes garçons ou les femmes dont on jouit, ni la délectation des poissons et de tout ce que peut porter une table fastueuse ne sont à la source de la vie heureuse : c’est ce qui fait la différence avec le raisonnement sobre, lucide, recherchant minutieusement les motifs sur lesquels fonder tout choix et tout rejet, et chassant les croyances à la faveur desquelles la plus grande confusion s’empare de l’âme.

Au principe de tout cela, comme plus grand bien : la prudence. Or donc, la prudence, d’où sont issues toutes les autres vertus, se révèle en définitive plus précieuse que la philosophie : elle nous enseigne qu’on ne saurait vivre agréablement sans prudence , sans honnêteté et sans justice, ni avec ces trois vertus vivre sans plaisir. Les vertus en effet participent de la même nature que vivre avec plaisir, et vivre avec plaisir en est indissociable.

D’après toi, quel homme surpasse en force celui qui sur les dieux nourrit des convictions conformes à leurs lois ? Qui face à la mort est désormais sans crainte ? Qui a percé à jour le but de la nature, en discernant à la fois comme il est aisé d’obtenir et d’atteindre le "summum" des biens, et comme celui des maux est bref en durée ou en intensité ; s’amusant de ce que certains mettent en scène comme la maîtresse de tous les événements – les uns advenant certes par nécessité, mais d’autres par hasard, d’autres encore par notre initiative –, parce qu’il voit bien que la nécessité n’a de comptes à rendre à personne, que le hasard est versatile, mais que ce qui vient par notre initiative est sans maître, et que c’est chose naturelle si le blâme et son contraire la suivent de près (en ce sens, mieux vaudrait consentir à souscrire au mythe concernant les dieux, que de s’asservir aux lois du destin des physiciens naturalistes : la première option laisse entrevoir un espoir, par des prières, de fléchir les dieux en les honorant, tandis que l’autre affiche une nécessité inflexible). Qui témoigne, disais-je, de plus de force que l’homme qui ne prend le hasard ni pour un dieu, comme le fait la masse des gens (un dieu ne fait rien de désordonné), ni pour une cause fluctuante (il ne présume pas que le bien ou le mal, artisans de la vie bienheureuse, sont distribués aux hommes par le hasard, mais pense que, pourtant, c’est le hasard qui nourrit les principes de grands biens ou de grands maux) ; l’homme convaincu qu’il est meilleur d’être dépourvu de chance particulière tout en raisonnant bien que d’être chanceux en déraisonnant ; l’idéal étant évidemment, en ce qui concerne nos actions, que ce qu’on a jugé « bien » soit entériné par le hasard.

A ces questions, et à toutes celles qui s’y rattachent, réfléchis jour et nuit pour toi-même et pour qui est semblable à toi, et jamais tu ne seras troublé ni dans la veille ni dans tes rêves, mais tu vivras comme un dieu parmi les humains. Car il n’a rien de commun avec un animal mortel, l’homme vivant parmi des biens immortels."

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10 mars 2007

Vérité travail de l'anamorphose

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Pour répondre à cette question qu'est-ce que la vérité ? distinguons :

A. Ce que nous disons vrai ou faux : à quoi donnons nous la qualité d'être vrai ? Quelle est la nature des réalités auxquelles nous donnons notre assentiment en les disant vraies ?

·        des propositions ;

·        des croyances ;

·        des pensées et des opinions ;

·        mais sans doute pas des objets des sens, car c'est notre raison qui juge et qui se trompe.

La vérité semble donc s'exprimer dans le langage ou par l'image et ne pas pouvoir exister en dehors ; ainsi, dire quelque chose de vrai ou le montrer par l'image, ce serait faire apparaître littéralement la vérité.

B. les moyens de distinguer le vrai du faux et de qualifier de vrai quelque chose : la raison, l'entendement, les lois de la logique, etc.

C. la vérité est une notion humaine, cette dernière est donc personnelle, chaque individu possède sa version d'une vérité. Lorsque deux individus communiquent, par n'importe quels moyens, chacun expose sa vérité aux autres. Et c'est de l'adéquation de nos vérités que naissent nos différentes vérités communes.

D. La vérité, comme un critère absolu, le contraire du faux, avec l'idée que les choses ne pourraient être que vraies ou fausses (logique binaire, attitudes dogmatiques), et qu'il n'y aurait pas de relativité, de degrés intermédiaires, de zones de recoupement, ni de cas d'indétermination, entre le vrai et le faux.

Dès lors on peut proposer les distinctions suivantes :

Types de vérité

  1. La vérité matérielle, qui est l'adéquation entre ce qui est et le jugement que l'on énonce dans une proposition : cette adéquation est validée par l'expérience. Mais la nature de ce type de vérité est variable, car elle peut être qualifiée de vérité objective, de vérité relative, de vérité subjective, etc., suivant la théorie de la connaissance que l'on soutient (réalisme, relativisme, criticisme, etc).

  2. La vérité formelle, qui est la validité des conclusions d'un système hypothético-déductif, procédant suivant des règles de déduction à partir de postulats et d'axiomes admis. Cette vérité est indépendante du contenu des propositions (voyez l'article logique) et dépend de son accord avec les lois de l'entendement. Dans ce cas, la vérité est une vérité de correspondance, et elle est a priori car elle ne dépend pas de l'expérience.
    Ce dernier point permet d'introduire une distinction : les vérités purement formelles et a priori sont appelées des vérités analytiques. Ces vérités sont nécessaires et ne nous apprennent rien sur le monde. Les vérités tirées de l'expérience sont quant à elle des vérités synthétiques, car nous lions des termes qui supposent pour des êtres dont l'existence est contingente.

  3. La vérité métaphysique qui, remontant d'une hypothèse à ses conditions, suppose l'existence d'un référent ontologique existant en soi. Dans ce cas, on distingue vérité absolue et vérité relative.

  4. La vérité d'une croyance ou d'une opinion, qui est la vérité d'une proposition qui s'accorde à un ensemble de croyances qui lui préexistent. Ce genre de vérité est souvent appelé vérité cohérente.

Théories de la vérité

Théorie correspondantiste

La conception de la vérité comme correspondance entre nos jugements et les faits est la plus traditionnelle, et la plus spontanée. Et cela ne l'empêche pas d'être extrêmement problématique. Thomas d'Aquin est l'auteur de la formule la plus représentative de cette conception: "la vérité est l'adéquation de la chose et de l'intellect". Mais Thomas avait en même temps une conception réaliste de l'essence des choses. L'essence étant capable d'informer (de donner une forme) à l'esprit, l'adéquation avait lieu quand l'essence de la chose était présente à l'esprit lui-même. Mais si l'on ne soutient plus la réalité des essences, qui permettait cette adéquation, alors la notion d'adéquation, ou de correspondance, devient plus difficile à définir. Car il faut alors faire correspondre un fait du monde et une représentation mentale, ou une proposition linguistique, et leur nature est hétérogène. Une des solutions apportés à ce problème est de tout simplement renoncer à caractériser cette relation. Pour le Tractatus logico-philosophicus, les propositions sont bien une image des faits, mais on ne peut que montrer cette identité de structure, et pas la décrire.

Théorie pragmatiste

Les théories pragmatistes de la vérité sont elles-mêmes plurielles et complexes. Chez Habermas, par exemple la vérité se confond avec la notion de validité intersubjective.

Théorie déflationniste

La théorie déflationniste de la vérité consiste à dire qu'il n'y a aucune différence entre dire "p est vrai" et dire "p". La vérité, de ce point de vue, n'apporte rien à ce que nous affirmons. En effet, si je dis : le ciel est bleu, cela semble impliquer : il est vrai que le ciel est bleu. Cette version de la vérité a été défendue notamment par Rorty. Pour lui, dire qu'un énoncé est vrai est simplement un procédé rhétorique pour insister sur cet énoncé, et dire que nous y tenons beaucoup. La vérité aurait donc avant tout un effet pragmatique sur l'auditeur (il est poussé à admettre l'énoncé) mais pas de réel intérêt théorique.

Par ailleurs, il existe une autre forme de déflationnisme. C'est la théorie décitationnelle de la vérité. Pour elle, l'énoncé "p" (avec des guillemets) est vrai si et seulement si p (sans guillemets). Ainsi un énoncé cité est vrai si nous pouvons asserter cet énoncé, et non plus seulement le citer. Cette version de la vérité est déflationniste dans la mesure où elle ne se soucie pas du rapport de la proposition vraie avec le monde. Elle est avant tout une affaire de langage, qui repose sur la différence entre usage et mention d'une proposition.

Théorie sur l'origine du vrai et du faux [modifier]

« La première signification de Vrai et de Faux semble avoir son origine dans les récits ; et l’on a dit vrai un récit, quand le fait raconté était réellement arrivé ; faux, quand le fait raconté n’était arrivé nulle part. Plus tard, les philosophes ont employé le mot pour désigner l’accord d’une idée avec son objet ; ainsi, l’on appelle idée vraie celle qui montre une chose comme elle est en elle-même ; fausse, celle qui montre une chose autrement qu’elle n’est en réalité. Les idées ne sont pas autre chose en effet que des récits ou des histoires de la nature dans l’esprit. Et de là on en est venu à désigner de la même façon, par métaphore, des choses inertes ; ainsi, quand nous disons de l’or vrai ou de l’or faux, comme si l’or qui nous est présenté racontait quelque chose sur lui-même, ce qui est ou n’est pas en lui. »

Spinoza, Pensées métaphysiques (1663), 1re partie, chap. VI, Gallimard, «

La Pléiade

», trad. R. Caillois.

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09 mars 2007

éternel retour

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Gilles Deleuze

C’est ce que Nietzsche aussi disait avec son histoire d’Éternel retour, il disait : « Ce n’est pas

difficile de savoir si quelque chose est bien ou pas bien, ce n’est pas très compliqué cette question

; ça n’est pas une affaire de morale ». Il disait : « Faites l’épreuve suivante, ne serait-ce que

dans votre tête ». Est-ce que vous vous voyez le faire une infinité de fois ? C’est un bon critère.

Vous voyez c’est le critère du mode d’existence. Ce que je fais, ce que je dis, est-ce que je pourrais

en faire un mode d’existence ? Si je ne peux pas, c’est moche, c’est mal, c’est mauvais. Si je

peux, alors oui ! Vous voyez que tout change, ce n’est pas de la morale. En quel sens ? Je dis à

l’alcoolique, par exemple, je lui dis : « Tu aimes boire ? Tu veux boire ? Bon, très bien. Si tu bois,

bois de telle manière que à chaque fois que tu bois, tu serais prêt à boire, reboire, reboire une

infinité de fois. Bien sûr à ton rythme. » Il ne faut pas pousser… à ton rythme. À ce moment là,

au moins, soit d’accord avec toi-même. Alors les gens vous font beaucoup moins chier quand

ils sont d’accord avec eux-mêmes. Ce qu’il faut redouter avant tout dans la vie, c’est les gens

qui ne sont pas d’accord avec eux-mêmes, ça Spinoza l’a dit admirablement. Le venin de la

névrose c’est ça ! La propagation de la névrose, je te propage mon mal, c’est terrible, terrible.

C’est avant tout ceux qui ne sont pas d’accord avec eux-mêmes. C’est des vampires. Tandis

que l’alcoolique qui boit, sur le mode perpétuel de : ah ! c’est la dernière fois, c’est le dernier

verre !

Une seule fois, ou encore une fois. Ça c’est un mauvais mode d’existence. Si vous faites

quelque chose, faites le comme si vous deviez le faire un million de fois. Si vous n’arrivez pas à

le faire comme ça, faites autre chose. C’est Nietzsche qui le dit, ce n’est pas moi, toute objection

s’adresse à Nietzsche. Ça peut marcher, ça peut ne pas marcher. Tout ça je ne sais pas

pourquoi on discute, ce que je dis. Ce n’est pas affaire de vérité tout ça, ça touche ceux que ça

peut toucher, c’est affaire de pratique de vivre. Il y a des gens qui vivent comme ça.

Spinoza qu’est-ce qu’il essaye de nous dire ?

C’est très curieux.

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08 mars 2007

Pierre Ménard

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Un bon programme pour une bonne balade.
Bien à vous,
Pierre Mainard, éditeur

RAPPEL : VENDREDI 9 MARS A PARTIR DE 18 HEURES, OUVERTURE DU PREMIER CHAPITRE DE
L'ENVERS DU REEL. CINQUANTE ANS DE CREATION, 
30 ARTISTES, UNE SOIXANTAINED'OEUVRES... 

RENDEZ-VOUS GALERIE 64 nuit d’encre. 64, rue Jean-Pierre Timbaud 75011 Paris.
Métro Parmentier.

 

Jorge Luis Borges

Certains considèrent Borges comme l'un des fondateurs de l'école latino-américaine du réalisme magique. Il est considéré, de même que Gabriel García Márquez, un autre « réaliste magique », comme l'un des principaux auteurs de fiction sud-américains du XXe siècle. D'autres y voient au contraire un écrivain universel dans lequel peut se reconnaître toute l'humanité.

Son travail est profondément érudit, et à l'occasion délibérément trompeur (Tlön uqbar orbis tertius). Il traite souvent de la nature de l'infini (La bibliothèque de Babel, Le livre de sable...), de miroirs, de labyrinthes, de la réalité et de l'identité.

Borges est devenu aveugle assez jeune mais de façon progressive, ce qui eut une forte influence sur ses écrits. Dans une de ses nouvelles, il se rencontre lui-même plus jeune, sur un banc, et se livre à quelques prédictions : Tu deviendras aveugle. Mais ne crains rien, c'est comme la longue fin d'un très beau soir d'été. À ce sujet, il raconte dans l'Essai autobiographique que cette cécité était probablement d'origine héréditaire et que certains de ses ascendants avaient connu la même infirmité. N'ayant jamais appris le braille, il dut compter sur sa mère pour l'aider, puis sur son assistante Maria Kodama. Il se faisait lire journaux et livres et dictait ses textes.

Outre les fictions, son œuvre est abondante et largement appréciée. On y trouve des critiques de films et de livres, y compris une réhabilitation du roman policier, considéré comme plus digne héritier de la littérature classique que le nouveau roman. Lui seul, dit-il, se situe dans la continuité de la littérature avec un plan, une introduction, une intrigue et une fin. On trouve également parmi ses écrits de courtes biographies et de plus longues réflexions philosophiques sur des sujets tels que la nature du dialogue, du langage, de la pensée, ainsi que de leurs relations. Il explore aussi empiriquement ou rationnellement nombre des thèmes que l'on trouve dans ses fictions, par exemple l'identité du peuple argentin. Dans des articles tels que L'histoire du Tango et Les traducteurs des Mille et Une Nuits, il écrit avec lucidité sur des éléments qui eurent sûrement une place importante dans sa vie. Il existe de même un livre qui réunit sept précieuses conférences dans diverses universités, qu'on peut considérer comme sept essais, clairs, ordonnés, d'une simplicité dérivant de leur caractère oratoire, et profondément enrichissants. Dans ce petit recueil de savoir, Les Sept Nuits (Siete Noches), on retrouve un texte sur les cauchemars, sur les mille et une nuits, sur la Divine Comédie de Dante, sur le boudhisme et d'autres simples thèmes que Borges exploite et nous partagent avec l'autorité didactique et la simplicité pédagogique d'un véritable professeur, érudit de la littérature. De même, son œuvre poétique est profondément intéressante. Écrits entre 1923 et 1977, ses poèmes retrouvent les thèmes philosophiques sur lesquels se base Borges pour construire la pluralité de son œuvre. Des poèmes comme El Reloj de Arena (Le Sablier) ou El Ajedrez (Les Échecs) reconstruisent les concepts borgiens par excellence, comme le temps, instable et inéluctablement destructeur du monde, ou le labyrinthe comme principe de l'existence humaine, mais d'un point de vue poétique, condensé dans des images surprenantes. Ces poèmes sont réunis dans Antologia Poética 1923-1977 (Recueil Poétique).

Citations [modifier]

  • Je ne peux pas être d’accord avec une théorie qui prêche la domination de l’État sur l’individu.

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07 mars 2007

espace critique

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Kant

On considère en général la Critique de la faculté de juger comme la troisième grande œuvre de Kant. Dans cet ouvrage publié en 1790, Kant tente de compléter son système philosophique et de créer un lien entre l'usage théorique de la raison qui est au fondement de la connaissance de la nature et l'usage pratique de la raison qui commande toute action morale.

Fonction du concept de finalité

Le sentiment de plaisir ou de déplaisir est l’intermédiaire entre la faculté de connaître (Erkenntnisvermögen) et la faculté de désirer (Begehrungsvermögen) et le principe qui sert de liaison est la finalité (Zweckmäßigkeit). C’est donc lui qui sera la solution à la dichotomie de l’esprit humain (théorie et morale).

Finalité et esthétique

Celle-ci se montre d’une part dans le jugement esthétique et d’autre part dans le jugement téléologique (Ière partie) qui détermine le rapport entre l’homme et la nature (II ème partie). Dans les deux cas la faculté de juger n’est pas déterminante comme dans le cas de la raison théorique où un concept déterminé est subsumé sous un concept. Elle est réfléchissante c’est-à-dire qu’on déduit le concept général à partir du particulier.

La détermination de l’esthétique est un processus cognitif subjectif dans lequel on attribue le prédicat « beau » ou « laid » à un objet. Ces jugements de goût doivent être indépendants de l’intérêt de celui qui l’émet. De plus ils doivent être subjectifs et donc ne pas être soumis à un concept. En outre ce jugement doit prétendre être universel et être nécessaire. Tout comme dans le domaine éthique ou théorique, Kant s’intéresse aux conditions de possibilités du jugement et met de côté la détermination matérielle du Beau. Contrairement au Beau le sublime n’est pas lié à un objet ou à sa forme. Aussi bien le Beau que le sublime plaisent par eux-mêmes. Mais le sublime ne produit pas de sentiment de plaisir mais d’admiration et de respect. Le sublime n’est pas possible dans les arts selon Kant, celui est tout au plus une mauvaise imitation du sublime dans la nature.

Posté par albermas à 22:14 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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